Pourquoi les grandes surfaces ne tiennent pas leurs promesses – bilan de l’enquête Que Choisir

Synthèse du rapport de No Plastic in my sea & Que Choisir – Mai 2026 – Supermarchés, toujours accros au plastique

En quelques mots

Le constat réalisé par Que Choisir et No Plastic in my Sea est celui d’une addiction structurelle au plastique : en 2026, la grande distribution française s’enferme dans une régression paradoxale. Malgré un arsenal législatif sans précédent, l’enquête révèle un effondrement du vrac (en recul de 19 points) et une accélération de la vente de bouteilles d’eau (+3,3 %), dont le débit atteint l’aberration de 75 unités par seconde. Derrière les promesses de recyclage, le secteur pérennise un modèle de « gadgetisation » du quotidien – du fruit découpé aux capsules de lessive – qui externalise ses coûts environnementaux. À l’exception d’acteurs de rupture comme Biocoop, l’industrie privilégie l’agilité logistique du polymère sur l’impératif de sobriété, transformant les engagements 2030 en un horizon de plus en plus évanescent.

La ressource

🔗 No Plastic in my sea – Que Choisir – 2026-05 – Supermarchés, toujours accros au plastique

Sommaire

Introduction : Le mirage de la transition et l’inertie des structures

L’année 2026 se dresse comme un miroir déformant pour la grande distribution. Derrière les coups de projecteur médiatiques sur des « scandales » isolés, comme celui des œufs durs sous plastique, se cache une réalité bien plus aride : une dépendance systémique au plastique qui ne fléchit pas. Le bilan de la stratégie « 3R » (Réduction, Réemploi, Recyclage) pour la période 2018-2021 affichait déjà une hausse paradoxale de 3,3 % des emballages plastiques, malgré les objectifs nationaux de réduction. Ce constat souligne une asymétrie profonde entre l’arsenal législatif (Loi AGEC, règlement européen PPWR) et l’exécution opérationnelle sur le terrain.

Le distributeur, pivot d’une métamorphose inaboutie.
Les enseignes ne sont pourtant plus de simples intermédiaires ; en tant que « producteurs » de leurs marques de distributeurs (MDD), elles détiennent les clés de plus d’un tiers des emballages ménagers. Pourtant, l’enquête révèle que les engagements affichés peinent à traverser le seuil des magasins. Sur les onze enseignes sollicitées, quatre – dont les géants Leclerc et Lidl – ont opposé un silence aux questionnaires, illustrant une opacité persistante sur des données pourtant cruciales pour le pilotage de la transition écologique.

Eaux et boissons : L’éléphant (plastique) dans la pièce

Le secteur des boissons constitue le pilier de la pollution plastique ménagère, représentant à lui seul 40 % des emballages plastiques des foyers. Nous sommes face à une addiction de masse : 14,6 milliards de bouteilles sont consommées annuellement en France, dont 8,4 milliards pour l’eau seule. Loin de refluer, les ventes d’eaux embouteillées ont bondi de 3,3 % en 2025. Les marques Cristaline et Coca-Cola trônent au sommet d’un podium de la consommation dont les volumes donnent le vertige : 2,361 milliards d’unités vendues pour la seule Cristaline en 2025, soit environ 75 bouteilles chaque seconde, jour et nuit.

L’hégémonie du jetable face au vide stratégique.
La réponse des distributeurs à l’objectif de réduction de 50 % des bouteilles plastiques d’ici 2030, fixé par la loi AGEC, est d’une discrétion assourdissante. Si Carrefour ou Système U évoquent des actions, celles-ci se cantonnent majoritairement à l’optimisation du recyclage ou à l’incorporation de matières recyclées (rPET), contournant soigneusement l’enjeu de la réduction des volumes à la source. Le dogme du petit format aggrave ce bilan : 81 % des magasins de grande distribution proposent encore des bouteilles de moins de 33 cl, un format dont l’inefficience environnementale est maximale puisque le ratio plastique/liquide y est le plus défavorable.

L’exception Biocoop : Le prix de la cohérence.
Dans ce paysage d’inertie, Biocoop fait figure d’anomalie volontariste. En ayant banni l’eau plate en bouteille plastique dès 2017, l’enseigne accepte une perte de 1 % à 1,5 % de son chiffre d’affaires au nom de ses idéaux. Cette décision permet d’éviter l’émission de 103,6 tonnes de plastique par an et rappelle une vérité économique souvent occultée : l’eau de source en bouteille coûte 39 fois plus cher que l’eau du robinet.

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