« People at Work 2024 » – Transformation du travail de l’ADP Research Institute

Alors que le monde du travail émerge des bouleversements de la pandémie, il fait face à une transformation encore plus profonde, portée par l’intelligence artificielle, l’évolution démographique et les nouvelles attentes des salariés. L’étude « People at Work 2024 » d’ADP Research Institute révèle comment les entreprises peuvent transformer ces défis en opportunités, à condition de repenser leurs stratégies de gestion des talents et d’accompagnement du changement.

🟦 Introduction : Un monde du travail en mutation

Le rapport « People at Work 2024 » de l’ADP Research Institute dresse un portrait détaillé du monde du travail post-pandémie. Alors que les bouleversements spectaculaires liés au Covid-19 s’estompent, de nouveaux défis émergent : avancées technologiques, évolution des normes professionnelles et changements démographiques transforment en profondeur les attentes et expériences des travailleurs à l’échelle mondiale. En s’appuyant sur les réponses de plus de 34 000 travailleurs dans 18 pays, cette étude donne un éclairage unique sur les tendances émergentes. Elle révèle notamment comment la population active s’est adaptée et a évolué face aux crises récentes : récession économique, inflation, généralisation du télétravail. Elle dresse les contours d’un nouveau paradigme du travail en gestation.

🟦 Méthodologie et portée de l'étude

L’enquête a été menée en ligne auprès de 34 612 travailleurs répartis sur quatre grandes régions :

  • 15 383 en Europe (France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Pologne, Espagne, Suisse, Royaume-Uni)
  • 9 567 en Asie-Pacifique (Australie, Chine, Inde, Japon, Singapour)
  • 5 860 en Amérique latine (Argentine, Brésil, Chili)
  • 3 802 en Amérique du Nord (Canada, États-Unis)
    Les résultats globaux sont pondérés pour refléter la proportion de la population active et le pourcentage de femmes dans chaque pays.

🟦 Priorité au salaire et à la sécurité de l'emploi

  • Sans surprise, le salaire reste la priorité numéro un des travailleurs dans toutes les régions et tranches d’âge. Plus de 55% des personnes interrogées le placent parmi leurs trois principales priorités professionnelles. Cependant, c’est aussi la plus grande source d’insatisfaction : 40% des travailleurs estimant ce critère important ne sont pas satisfaits de leur rémunération actuelle.
  • La sécurité de l’emploi arrive en deuxième position des priorités (46% des répondants), reflétant un besoin de stabilité dans un contexte économique incertain. On observe toutefois des différences régionales marquées : en Asie-Pacifique, plus de 50% des travailleurs placent la sécurité de l’emploi juste après le salaire, contre seulement 35% en Europe où l’épanouissement au travail prend le pas.

Le renforcement des économies a accru les attentes salariales, tout en maintenant un besoin de sécurité hérité des turbulences récentes.

🟦 Des attentes élevées en matière d'augmentations salariales

Les attentes sont particulièrement élevées concernant les augmentations de salaire, dans un contexte d’inflation persistante. En 2023, l’augmentation moyenne des salaires s’est établie à 4% selon l’enquête. Pour 2024, les travailleurs anticipent des hausses de plus de 5% en moyenne.

Mais un décalage se dessine entre attentes et réalité. En 2023, les personnes interrogées ont systématiquement surestimé leurs augmentations effectives. L’Amérique latine illustre particulièrement ce phénomène, avec le plus fort écart entre prévisions et réalisations, dans un contexte d’inflation galopante.

Fait notable, 19% des travailleurs s’attendent à un gel de leur rémunération en 2024, une proportion en hausse de 16% par rapport à l’année précédente. Il y a une prise de conscience croissante des contraintes économiques pesant sur les employeurs.

🟦 Télétravail : opportunités et risques

Le télétravail est désormais ancré dans les pratiques, avec ses promesses et ses écueils. Les télétravailleurs se sentent plus surveillés (68% contre 60% pour ceux sur site) et paradoxalement moins en sécurité dans leur emploi. Ils sont 1,3 fois plus susceptibles de ne pas se sentir en sécurité que leurs collègues sur site ou en mode hybride.

Cette insécurité est particulièrement marquée chez les parents de jeunes enfants travaillant à distance : plus d’un tiers d’entre eux expriment un sentiment d’insécurité professionnelle.

Plus de la moitié des parents de jeunes enfants (51%) déclarent que leur employeur est cependant plus souple sur le lieu de travail, contre seulement 18% des parents d’enfants adultes.

🟦 ESG et DEI : un personnel divisé

Les perceptions sont contrastées concernant les initiatives en matière d’environnement, social et gouvernance (ESG) ainsi que de diversité, équité et inclusion (DEI).
La formation à la diversité émerge comme l’initiative DEI la plus répandue (citée par près de 50% des répondants) et jugée la plus efficace (22%). A l’inverse, les quotas d’embauche basés sur l’origine ethnique ou le genre sont considérés comme les moins efficaces (5%).

On observe un clivage générationnel marqué : les travailleurs de 55 ans et plus sont presque cinq fois plus susceptibles que les 18-24 ans de douter de l’efficacité des initiatives DEI. Les jeunes travailleurs, eux, sont plus enclins à soutenir des approches spécifiques comme le recrutement ciblé.
Concernant l’ESG, les travailleurs se montrent globalement satisfaits des efforts de leur employeur, particulièrement en matière de réduction des émissions carbone (80% de satisfaction) et de protection des données (79%). L’éradication de la corruption obtient le score le plus bas, mais reste bien notée (67% de satisfaction).

🟦 Développement professionnel : un défi majeur

Il y a un décalage préoccupant entre les besoins en compétences et les investissements des employeurs. Moins de la moitié des travailleurs (47%) estiment que leur employeur investit dans les compétences dont ils ont besoin pour progresser. Ce manque de confiance est particulièrement prononcé en Europe, où moins d’un tiers des travailleurs font confiance à leur entreprise sur ce point.

Près de la moitié des répondants affirment que les compétences futures impliqueront une maîtrise technologique non requise dans leur poste actuel. Cette perception est renforcée par l’essor de l’intelligence artificielle : 42% des travailleurs pensent que l’IA remplacera tout ou partie de leurs fonctions.

Paradoxe intéressant : les travailleurs les plus optimistes quant à l’impact de l’IA sont aussi ceux qui se sentent le mieux formés par leur employeur. A l’inverse, ceux qui craignent l’IA sont les moins confiants dans leurs compétences.

🟦 Le stress, enjeu persistant du bien-être au travail

Le constat est mitigé sur le stress au travail. Si la moitié des travailleurs se disent stressés, la proportion de ceux ressentant un stress quotidien est tombée en dessous des niveaux d’avant pandémie (15% contre 16% avant la crise sanitaire). Le stress reste un enjeu majeur de productivité et de performance. Seulement 21% des personnes interrogées estiment que leur employeur soutient pleinement leur bien-être mental. Les salariés se sentant soutenus par leurs managers et collègues sont moins susceptibles de rejoindre la catégorie des personnes très stressées.

Il y a des disparités géographiques marquées : l’Amérique du Nord affiche les niveaux de stress les plus élevés, un travailleur sur cinq déclarant ressentir du stress quotidiennement.

🟦 Les ressources

Le rapport People at Work 2024


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