Architecture et analyse d’une campagne d’influence et de désinformation sur les travaux du EAT-Lancet

En quelques mots : Le 16 janvier 2019, un rapport scientifique d’apparence austère, publié par la EAT Foundation et la revue médicale The Lancet, a déclenché une onde de choc mondiale. Derrière son titre sobre – Food in the Anthropocene – se cachait une ambition titanesque : redéfinir les fondements de l’alimentation humaine à l’échelle planétaire. Trente-sept scientifiques de seize pays, issus de la santé, de l’agriculture, de la science politique et de l’écologie, y proposaient un régime alimentaire capable de nourrir 10 milliards d’humains sans faire imploser les limites planétaires. Un régime flexitarien, sobre en viande rouge, riche en végétaux, pensée comme levier majeur pour atteindre les Objectifs de développement durable et l’Accord de Paris. Mais ce projet de régime planétaire, aussi rigoureusement étayé soit-il, a rapidement été perçu comme une menace existentielle par les industries de la viande et des produits laitiers. Le rapport, pourtant publié en douze langues et lancé dans 27 pays lors de 38 événements, a été happé dans une tempête numérique. Ce fut l’un des premiers épisodes d’une guerre culturelle mondiale autour de l’alimentation, où la viande devint symbole identitaire, et la science nutritionnelle, un champ de bataille idéologique.

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Viande, influence et désinformation : anatomie d’un backlash orchestré

« Meat vs EAT-Lancet » révèle la guerre d’influence d’une ampleur incroyable menée par les lobbies de la viande contre l’un des projets scientifiques les plus ambitieux (ou précieux pour notre avenir) de notre époque sur l’alimentation : le régime de santé planétaire proposé en 2019 par la Commission EAT-Lancet.
C’est une véritable bataille idéologique qui a alors été engagée, une opération de désinformation systémique bien au delà de la désinformation nutritionnelle, et dans le même temps un laboratoire de manipulation numérique, où hashtags, influenceurs, think tanks et agences de communication ont réalisé une chorégraphie parfaite.
La Changing Markets Foundation permet dans ce travail de mettre en évidence les mécanismes, les acteurs, les financements, les récits, les tactiques de cette opération de grande envergure. Elle montre comment cette campagne a préfiguré une nouvelle forme de guerre culturelle dans laquelle l’alimentation est devenue le terrain d’affrontement entre science, industrie et opinion publique.

La diète EAT-Lancet : un projet de civilisation

Le premier rapport EAT-Lancet, publié en 2019, avait pour ambition de concilier nutrition humaine et durabilité écologique dans un monde de 10 milliards d’habitants. Il proposait un régime flexitarien, réduisant drastiquement la consommation de viande rouge et de sucre, tout en doublant celle de fruits, légumes, légumineuses et noix : abondance de végétaux (fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses, noix), consommation modérée de poisson et volaille, et réduction drastique de viande rouge, produits transformés, sucres ajoutés et féculents raffinés.

Mais ce projet de transformation systémique a rapidement déclenché une réaction d’une violence inédite, une guerre culturelle. L’industrie de la viande, sentant le vent tourner, a mobilisé ses troupes : scientifiques complaisants, médecins influenceurs, journalistes nutritionnistes, tous réunis dans une même croisade contre ce qu’ils ont présenté comme une utopie végétale élitiste et menaçante.
C’est donc une campagne orchestrée, financée, stratégisée par une coalition d’acteurs qui ont convergé pour délégitimer le rapport, attaquer ses auteurs, saturer les réseaux sociaux de récits alternatifs.

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