| En quelques mots : Ce rapport est un travail de titan. En plus de proposer un cadre de régime alimentaire mondial flexible et adaptable, il constitue une tentative de reconfigurer les fondations du système alimentaire mondial à partir de trois piliers : la santé humaine, la stabilité écologique, et la justice sociale. Publié dans The Lancet le 2 octobre 2025, ses ambitions ont été élargies pour tenir compte de nombreux autres travaux, notamment les avancées sur les mesures des limites planétaires. Les auteurs se saisissent donc au travers de l’alimentation d’une vision systémique où elle devient le point nodal des crises contemporaines : climatique, sanitaire, écologique, sociale, géopolitique. Au travers de l’alimentation, les auteurs nous parlent de nos modèles de production, de nos régimes politiques, de nos rapports au vivant. Le rapport repose sur donc une triple innovation : – Scientifique, en quantifiant pour la première fois la part du système alimentaire dans la transgression des neuf limites planétaires, et en définissant des “food system boundaries” spécifiques, mesurables, et actionnables. – Politique, en intégrant une grille de justice fondée sur les droits humains, et en identifiant neuf fondations sociales sans lesquelles aucune transition ne peut être juste. – Stratégique, en modélisant des trajectoires à l’horizon 2050, en combinant régimes alimentaires, productivité agricole, réduction des pertes, et politiques de mitigation ambitieuses. Les auteurs mobilisent 11 modèles économiques, 50 institutions scientifiques, des centaines de références, et proposent 23 actions concrètes réparties en 8 domaines pour parvenir à un changement structurel, systémique et profond. Seulement 1 % de la population mondiale vit aujourd’hui dans un espace à la fois écologiquement sûr et socialement juste. Les 30 % les plus riches sont responsables de plus de 70 % des pressions environnementales du système alimentaire. Les femmes, les enfants, les peuples autochtones, les travailleurs agricoles, les populations rurales et les zones de conflit sont les premières victimes d’un système extractif, opaque, et inégalitaire. La transformation est possible. Biophysiquement. Économiquement. Politiquement. À condition de changer de paradigme. De passer d’un système alimentaire orienté vers le volume, la rentabilité et la concentration, à un système orienté vers la santé, la résilience et la justice. |
Les ressources
🔗 Le nouveau rapport – 25-10-02 – EAT-Lancet – The EAT–Lancet Commission on healthy, sustainable, and just food systems
🔗 Le rapport de 2019 – 19-02-02 – Food in the Anthropocene – the EAT-Lancet Commission on healthy diets from sustainable food systems – synthèse publiée en début de semaine sur la chaîne
🔗 Une alerte (sous forme de rapport) de Changing Markets Foundation sur la désinformation qui a eu lien en 2019 et qui se mettra en branle en 2025 de la part des lobbies impactés – 2025-09 – Meat vs EAT-Lancet – The dynamics of an industry-orchestrated online backlash – synthèse publiée en début de semaine sur la chaîne
🔗 Un article publié sur l’étude 2025 dans le journal Le Monde Nourrir la planète sans la détruire : les préconisations de la commission scientifique EAT-Lancet pour une alimentation plus juste
Sommaire
I. Introduction – Un monde en rupture, une alimentation en pivot
Publié le 2 octobre 2025 dans The Lancet, le nouveau rapport de la Commission EAT–Lancet, le précédent ayant été publié en 2019, montre que le monde a basculé depuis dans une instabilité chronique. La pandémie de COVID-19, la flambée des prix alimentaires, les conflits armés, les dérèglements climatiques et l’effondrement de la biodiversité ont révélé les failles béantes de nos systèmes alimentaires. Ils ont montré bien plus encore que ces systèmes sont des déterminants majeurs de la santé humaine, de la stabilité écologique et de la résilience sociale.
La Commission, composée de plus de 50 experts issus d’institutions de référence (Potsdam Institute, Harvard, CGIAR, Stockholm Resilience Centre, Oxford, Cornell…) actualise bien les données du rapport de 2019, mais va au delà. Elle élargit le champ d’analyse, affine les outils de lecture, et surtout, elle change de paradigme. Elle fait passer le système alimentaire d’un levier de santé publique ou de durabilité environnementale à un intégrateur systémique, au croisement des crises du climat, de la biodiversité, de la justice sociale et des droits humains.
La logique est celle d’une transformation radicale. Les auteurs proposent une refondation structurelle du système alimentaire. Ce projet s’articule trois ambitions :
- nourrir sainement l’humanité,
- respecter les limites planétaires,
- et garantir la justice sociale.
Pour cela, l’étude mobilise une approche transdisciplinaire, mêlant modélisation économique, épidémiologie nutritionnelle, écologie globale, droit international, et sciences sociales. Elle intègre pour la première fois les neuf limites planétaires dans leur totalité, et propose une quantification précise de la part du système alimentaire dans leur transgression. Elle introduit également le concept de “food system boundaries”, c’est-à-dire des seuils spécifiques à l’alimentation à ne pas dépasser pour rester dans l’espace sûr de fonctionnement de la Terre.
Le rapport explore également en profondeur les dimensions de la justice : distributive (qui bénéficie ? qui paie ?), représentative (qui décide ? qui est exclu ?), et reconnaissante (quelles identités sont invisibilisées ?). Une grille d’analyse fondée sur les droits humains est proposée : droit à l’alimentation, droit à un environnement sain, droit à un travail décent. Les auteurs identifient neuf fondations sociales nécessaires pour garantir ces droits, et montre que près de la moitié de l’humanité vit en dessous de ces seuils.
Evidemment, la diète de santé planétaire (Planetary Health Diet, PHD), définie en 2019, est réévaluée ici à la lumière des nouvelles données. Elle est présentée non comme un cadre flexible, compatible avec une diversité de cultures alimentaires, à condition de respecter des plages de consommation définies. Les plages sont fixes là où le régime est flexible. Son adoption généralisée pourrait éviter jusqu’à 15 millions de morts par an, tout en réduisant drastiquement les pressions sur les systèmes écologiques.
Enfin, les auteurs modélisent des scénarios de transformation à l’horizon 2050, en combinant trois leviers : changement des régimes alimentaires, amélioration de la productivité agricole, réduction des pertes et gaspillages. Ils proposent huit solutions prioritaires, déclinées en 23 actions concrètes, et insistent sur la nécessité de les “bundliser” – c’est-à-dire de les combiner intelligemment pour maximiser leur efficacité politique et systémique.
De manière optimiste, les auteurs affirment que les contours d’un espace sûr et juste, dans lequel l’humanité pourrait enfin respirer, sont biophysiquement possibles. Aujourd’hui, seule 1 % de la population mondiale y vit.
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