| En quelques mots : synthèse du rapport IPBES-FOOD de Juin 2025 « Du pétrole dans l’assiette – Comment sortir les combustibles fossiles de nos systèmes alimentaires » Nos systèmes alimentaires sont devenus les derniers bastions de l’économie fossile. Du champ à l’assiette, du tracteur au frigo, du plastique à l’ultra-transformé, chaque maillon de la chaîne est imbibé de pétrole, de gaz ou de dérivés pétrochimiques. Ce rapport d’IPES-Food démonte les illusions technologiques qui prétendent verdir ce modèle sans en changer les fondements. Il révèle comment les engrais « verts », les bioplastiques, l’agriculture numérique ou les cuisines au gaz prolongent une dépendance toxique, tout en concentrant le pouvoir entre les mains de quelques géants industriels. Mais il trace aussi les contours d’un avenir post-fossile : une transition énergétique juste, une agroécologie libérée des intrants, des chaînes alimentaires relocalisées, une gouvernance démocratique. Sortir les fossiles de nos assiettes, c’est réinventer notre rapport au vivant, à la terre, à l’alimentation – et à la justice. |
La Ressource
🔗 Le rapport IPBES-FOOD – Juin 2025 – Du pétrole dans l’assiette – Comment sortir les combustibles fossiles de nos systèmes alimentaires
Sommaire
Introduction – Les limites des solutions sur la table
Les systèmes alimentaires sont devenus l’un des principaux vecteurs de la dépendance mondiale aux combustibles fossiles. Ils consomment au moins 15 % des combustibles fossiles mondiaux, soit davantage que le secteur de l’acier (8 %), du papier (6 %) ou des mines (1,7 %). Cette empreinte énergétique est omniprésente : des engrais azotés aux plastiques alimentaires, des machines agricoles aux cuisines domestiques, des chaînes du froid aux aliments ultra-transformés.
Le rapport révèle également que 40 % des produits pétrochimiques mondiaux sont absorbés par les systèmes alimentaires, principalement sous forme d’engrais azotés (34 %) et de plastiques (10 % pour l’emballage alimentaire, 3,5 % pour la production agricole). Ces deux piliers – engrais et plastiques – sont devenus les nouveaux relais de croissance pour l’industrie fossile, à mesure que les secteurs de l’énergie et du transport se décarbonent. Le pétrole est redirigé vers les plastiques, le gaz vers l’ammoniac. Le système alimentaire devient ainsi le dernier bastion de l’expansion pétrochimique.
Cette dépendance est structurelle et politique. Les subventions aux combustibles fossiles atteignent 7 000 milliards de dollars par an, soit 7,1 % du PIB mondial. En 2024, 2 000 milliards ont été distribués en subventions directes, et 5 000 milliards correspondent aux coûts sociaux et environnementaux non pris en compte (pollution de l’air, marées noires, maladies respiratoires, etc.). En parallèle, 540 milliards de dollars de subventions agricoles soutiennent massivement les cultures intensives et les intrants chimiques. Près de 90 % de ces aides nuisent à la santé humaine et à l’environnement, et les subventions aux engrais ont contribué à 17 % de la pollution azotée des eaux au cours des 30 dernières années.
Le rapport souligne une double invisibilisation : d’un côté, les politiques climatiques ignorent les systèmes alimentaires ; de l’autre, les politiques alimentaires évitent la question des combustibles fossiles. À la COP28, les États ont promis de « sortir des énergies fossiles », mais aucune mesure n’a été prise pour les systèmes alimentaires, alors qu’ils sont au cœur du problème.
Cette omission est d’autant plus grave que les systèmes alimentaires sont extrêmement vulnérables aux chocs énergétiques. Les hausses du prix du pétrole et du gaz entraînent des flambées des prix des engrais, puis des denrées alimentaires, comme on l’a vu après la pandémie de COVID-19 et l’invasion de l’Ukraine. Cette volatilité est aggravée par la spéculation financière et la concentration du pouvoir dans les chaînes agroalimentaires.
Le rapport détaille le fait que les systèmes alimentaires industriels ne peuvent pas être simplement « ajustés ». Les solutions incrémentales – électrification des cuisines, transport propre, etc. – sont utiles mais insuffisantes. Les « techno-fixes » promus par les grandes entreprises (engrais « verts » ou « bleus », biotechnologies, agriculture numérique) ne font que renforcer la dépendance aux fossiles, tout en introduisant de nouveaux risques sanitaires, écologiques et sociaux.
Face à cette impasse, le rapport appelle à une transformation systémique : sortir des agrocarburants, relocaliser les chaînes alimentaires, promouvoir l’agroécologie, réduire les plastiques, démocratiser la gouvernance alimentaire. Il ne s’agit de changer de paradigme.
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2 réflexions sur “Alimentation et pétrole – pourquoi nos systèmes alimentaires doivent se libérer des combustibles fossiles – par l’IPES FOOD”
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